Crise dans les commerces : des solutions fortes face à la montée des vols
Face à la recrudescence des vols à l’étalage et des agressions, les commerçants réclament une réponse ferme de l’État. Ils déplorent la faiblesse, voire l’absence, de sanctions judiciaires et souhaitent pouvoir afficher le visage des voleurs pour mieux les identifier.
Ce jeudi 7 mai, lors d’un déplacement à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Serge Papin, ministre du Commerce, et Jean-Didier Berger, ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, doivent présenter un plan gouvernemental visant à renforcer la sécurité dans les petites boutiques.
Selon le gouvernement, la sécurité est devenue un enjeu crucial pour la survie des petits commerces en France. Avec 16 % d’entre eux ayant déjà fermé leurs portes, il est essentiel de lutter contre la délinquance pour leur permettre de continuer leur activité.
Bien qu’aucune statistique officielle ne recense précisément les agressions contre les commerçants, plusieurs témoignages illustrent la gravité de la situation. Christophine, propriétaire d’une épicerie dans le centre-ville de La Roche-sur-Yon (Vendée), en est un exemple. Elle raconte avoir été victime d’une violente agression en février dernier : « A peine 100 mètres en sortant de mon magasin, ils m’ont arraché mon sac avec ma caisse et tous mes objets personnels. »
« Ils m’ont plaqué contre le mur avec un couteau »
Ce n’est pas la première fois que Christophine subit une attaque. Son commerce a déjà été visé à deux reprises : il y a deux ans, par un cambriolage, et il y a cinq ans, par une attaque cagoulée où elle a été plaquée contre un mur avec un couteau. Désormais, elle ne sort plus seule de sa boutique et demande plus de soutien aux autorités : « J’aimerais avoir des vidéosurveillances, des patrouilles régulières, et davantage de mesures pour sécuriser les petits commerces. »
Autre exemple, celui de Josseline, propriétaire d’un tabac à Saint-Laurent-de-Mure. Malgré plusieurs caméras, elle a été victime d’un braquage : « Une voiture bélier a défoncé ma devanture le mois dernier. Ils ont embarqué le volet roulant, reculé dans la boutique, chargé leur voiture et sont repartis. J’ai perdu pour 27 000 euros de matériel et de menuiseries. »
Après cet incident, la mairie a installé des plots devant sa vitrine pour renforcer la sécurité. La commerçante estime que cette protection extérieure peut dissuader davantage de attaques : « Si j’avais eu une barrière contre la voiture bélier, cela ne serait pas arrivé. » Elle se dit aussi satisfaite des patrouilles régulières des forces de l’ordre.
« Un voleur ne risque rien »
Jérôme Jean, président du collectif de commerçants « Ras le vol », dénonce le manque de moyens et de fermeté dans la justice. Sur RMC, il réclame notamment l’affichage du visage des voleurs sur la devanture des magasins. Il explique que cette mesure pourrait responsabiliser les auteurs de vols et agir comme un dissuasif.
« L’espoir que nous avons, c’est la proposition de loi qui pourrait permettre demain aux commerçants d’afficher le visage des voleurs. On attend de vraies mesures parce que les vols à l’étalage sont un fléau qui empoisonne la vie des commerçants. »
Une proposition de loi déposée en octobre 2024 par les députés Romain Daubié et Delphine Lingmann (Modem) prévoit justement l’affichage du nom et du visage des voleurs, dans une démarche de responsabilisation et de dissuasion. Cependant, cette loi n’a pas encore été discutée ou votée au Parlement.
Jérôme Jean souligne aussi l’efficacité de brigades de police spécialisées dans la lutte contre le vol à l’étalage, comme à Lille. Ces unités, proches des commerçants, interviennent rapidement pour verbaliser et faire peur aux délinquants. Selon lui, cela fonctionne et pourrait être déployé dans d’autres villes.
Il déplore la faible répression : « Aujourd’hui, un voleur qui entre dans un magasin, subtilise un produit et s’en va ne risque presque rien. Il n’y a que des rappels à la loi ou des classements sans suite. » Il affirme que les voleurs n’ont pas peur des sanctions, puisqu’elles sont peu dissuasives.
Actuellement, l’affichage du visage d’un voleur sans son consentement est puni d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende. De plus, traiter quelqu’un de « voleur » publiquement peut entraîner une amende de 12 000 euros pour diffamation.



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